Critique Fantasia 2014 : Metalhead – Noirceur Islandaise

Metalhead, Ragnar Bragason

Un tape cassette. Une affiche de Iron Maiden. Une froc de cuir. Tout cela vous titille la fibre nostalgique? Et si vous transposez ces souvenirs dans le froid glacial et les nuits d’hiver de l’Islande? Voilà le genre d’ambiance que nous offre Metalhead de l’islandais Ragnar Bragason (Children, Parents).

Hera vit dans un petit village très rural de l’Islande. Un jour lorsqu’elle avait douze ans, un accident arriva à son frère ainé : Baldur. Cet évènement changera complètement sa vie ainsi que celle de sa famille. Marquée par cet événement triste et traumatisant, elle tâchera de trouver sa voie et consommer son mal de vivre par des gestes destructeurs et la musique heavy metal dont son frère était un fan invétéré.

Metalhead est d’abord et avant tout un film sur le mal de vivre. Hera ne trouve pas vraiment sa place dans cette communauté rurale ou elle vit avec sa famille. Son père et sa mère, semble avoir s’être également éloigné l’un l’autre en tentant d’enfouir la douleur du deuil. Personne n’est réellement heureux et chacun ne sait trop comment trouver une voie vers le bonheur. Bien entendu, nous suivrons surtout le personnage de Hera, maintenant dans la jeune vingtaine. Révolté par la société qui l’entoure, elle multiplie les gestes destructeurs (pour elle ou même les autres) sans pourtant cherche réellement à fuir sa tristesse. Elle pourrait fuir vers la ville, où elle n’aurait plus à faire face à sa mère et les autres habitants du petit village. Ces thèmes du deuil et de mal de vivre son abordé de façon intéressante en prenant en parallèle le sort de la jeune femme ainsi que de son père et sa mère. Chacun de leur côté, ces être endeuillé chercherons une façon de faire la paix avec leur peine.

Par contre, le scénario est un peu naïf. En ce sens, on sent et comprend le mal de vivre d’Hera. Mais ses gestes sont rarement justifiés. Elle pose des gestes stupides, destructeurs, mais jamais, on creuse au fond de ses sentiments. Le premier acte met en place les événements qui influenceront le reste du film. Tant que les personnages n'ont pas conclu par leur problème, on perçoit difficilement leur évolution émotionnelle. C’est dommage, car je crois qu’il aurait été apprécié de comprendre un peu plus les différentes phases émotives de chacun. Hélas, Metalhead écarte cette évolution émotive et nous présente davantage des scènes une à la suite des autres plutôt que d’arrêter pour nous laisser lire davantage au cœur des personnages.

Ce qui est encore plus dommage puisque l’interprète principale (Thora Bjorg Helga) est très charismatique. Jeune femme aux allures un peu frêles, elle sait parfaitement transmettre son sombre mal de vivre. Elle est également capable de beaux élans de fureur bien puissante. Dommage que le scénario ne lui offrait pas plus. Un scénario qui, également, nous offre un peu trop de clichés pour faire avancer l’intrigue. Beaucoup de belle intention, un bon fond, mais, beaucoup de naïveté scénaristique donne un peu de mal aux interprètes pour rester totalement crédible aux yeux du spectateur.

Notons la magnifique photographie. J’ai particulièrement aimé les ambiances de nuit hivernale ou, chaque scène, semble se dérouler pendant le soir ou avec un ciel à peine illuminé par le soleil. Ces nuits d’hiver semblent interminables dans un village, déjà bien isolé du reste du monde. C’est glauque, mais à la fois très évocateur de cette fameuse lumière qui s’immisce toujours dans la noirceur. Les paysages sont également magnifique. On a peu souvent la chance de découvrir l’Islande et ce long métrage, nous en présente une jolie partie.




Metalhead est un agréable dépaysement. Des lieux magnifiques doublés d’une direction photo particulièrement intéressante. Une interprète forte et puissante qui aurait été mieux servie par un scénario moins naïf et plus en profondeur. C’est dommage. Car pour un personnage si fort et qui brasse autant, il aurait été fort intéressant d’avoir un scénario qui brasse tout autant. Le film est tout juste trop gentil et conventionnel pour devenir mémorable. Un bon moment, beaucoup de points intéressants. Mais beaucoup trop sage à mon avis.


On applaudit pour : La direction photo et l’interprète principale. Deux des plus grandes forces du film. On aime aussi le dépaysement d’un pays qu’on connait très peu.

On boo-urns pour : La sagesse et la naïveté du scénario. Trop de clichés et pas assez de cran. Hera est une jeune femme révoltée qui choque et brasse son entourage. Le scénario ne nous choque à aucun moment, au contraire. Il nous conforte dans quelques clichés agaçants.

Article par Yanick Lampron

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