Critique Fantasia 2014 : The Fake – La vérité qui ment


The Fake, Yeon Sang-ho

Entre le mensonge qui apporte le bonheur ou la vérité qui apporte la souffrance, lequel est-il le mieux de croire? Au bout du compte, seuls la foi en un ou l’autre décidera du chemin à suivre. Voici en gros, ce que propose The Fake, de Yeon Sang-ho qui nous avait offert l’excellent The King of Pigs il y a deux ans. Une proposition digne de son précédent film, percutante et qui explore les bas fond de la foi et tout ce dont les individus sont prêts à faire (ou ne pas faire) pour y arriver.

Nous nous retrouvons dans un petit village de Corée. Les habitants seront bientôt expatriés pour permettre la construction d’un barrage. Bien sûr, ils ont été compensés financièrement. Ce qui attirera des êtres sans scrupule, cherchant à exploiter ce filon par l’entremise d’un prête qu’ils manipuleront et d’une promesse de construction d’une chapelle que les villageois financeront avec leur belle compensation. Mais le retour au village de Min-chul viendra changer cette dynamique. Violent et au langage ordurier, Min-chul tentera pourtant de convaincre les villageois qu’ils se font rouler par un charlatan. Mais pourquoi croire un être qui, aux yeux de tous, est l’incarnation même du diable.

Le cinéma d’animation est bien souvent un terrain propice pour traiter de sujet de façon plus directe et sans compromis. C’est ce qui arrive avec The Fake. Ici, c’est la foi qui est remise en question tout au long du récit. Car au final, quelle vérité est la bonne? On met la vérité entre les mains d’un personnage totalement méchant et poison pour son entourage. Ce qui met en contradiction beaucoup de thèmes en passant par la foi, la religion, l’honnête et le mensonge. Yeon Sang-ho sait habilement jongler avec le côté sombre de l’être humain. Nous faisant constamment douter de son point de vu. Est-il pour la vérité cruelle? Est-il en faveur d’une foi religieuse qui apporte le bonheur aux gens? Constamment, le film nous fait douter et nous plonge dans une zone grise en ne sachant plus trop quel point de vu adopter.

C’est fort réussi et très intéressant. Même les personnages généreux et bon d’âme (le prête) réussissent à dévoiler leur côté sombre au nom de la foi ou, plutôt, au nom de leur propre personne. L’écriture du cinéaste est encore bien habile et tout comme pour son précédent film, nous plonge dans un dernier acte complètement dément. Un crescendo de folie qui nous amène vers des sommets de bêtise humaine. Vraiment, le scénario de The Fake est habillement rythmé. Long lent et mystérieux au départ, la narration deviendra peu à peu de plus en plus paranoïaque et folle. Une fois dans la spirale de folie, le spectateur ne comprendra même plus quand celle-ci a débuté!



The Fake est ce genre de film d’animation fait pour utiliser le médium sans censure. Le style de Yeon Sang-ho n’est pas le plus élégant et fluide. Même s’ils sont un peu drabes, ses personnages savent par contre exprimer énormément par les traits de leur visage, parfois un peu moche. Des visages qui prennent pratiquement des traits monstrueux au fur et à mesure qu’il s’engouffre dans la folie. Encore une fois, le cinéaste nous offre un scénario bien écrit et riche. Ses thématiques sont encore une fois puissantes et savamment transposées à l’écran. La religion, le mensonge, la foi, la corruption. Des thèmes universels même si l’intrigue se déroule dans un petit village rural de Corée. Définitivement, le prix Satoshi Kon pour son premier film n’était pas le fruit du hasard. Un cinéaste  inspiré qui sera certainement à suivre! 


On applaudit pour : La richesse et la force du scénario et les thématiques. La conclusion du dernier acte qui nous rappelle cette belle époque ou tous les films coréens finissait très très mal … 

On boo-urns pour : Le coté drabe des dessins et le rythme du récit au départ qui donne quelques impressions de longueur.

Article par Yanick Lampron

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