lundi 21 juillet 2014

Critique Fantasia : Boyhood – Une critique sur 12 ans!


Boyhood, Richard Linklater


Mon Fantasia 2014 commence en force! Comme plusieurs autres personnes, je fus drôlement intrigué par cette bande-annonce, diffusé il y a plusieurs mois sur internet dévoilant le dernier projet de Richard Linklater (Trilogie des Before, Dazed and Confused). Un projet aussi mystérieux qu’audacieux : Filmer l’évolution d’un personnage de l’enfance jusqu’à l’âge adulte, et ce, en prenant les mêmes acteurs tout au long du processus filmique. Un projet d’envergure, casse-gueule et surtout, fort unique!

J’aurai aimé vous faire une critique plus courte mais, ce film m’ayant plutôt marqué et étant particulièrement plein de bonnes qualités, je n’ai pas pu m’empêcher de faire une loooooongue critique sur ce film remarquable. Oui, j’ai adoré et surtout, OUI j’ai été surpris par un film d’une plus grande qualité qu’attendu! Alors si vous ne voulez pas vous lancer dans cette longue critique, sautez à la conclusion!

Donc, l’histoire de Boyhood repose en fait sur le simple passage du temps. Celui du jeune Mason (Ellar Coltrane) entre ses 7 ans et ses 18 ans. Ce passage du temps, c’est aussi celui de son acteur tout au long du projet. Car l’acteur et le personnage vieillissent sous nos yeux au même rythme. Un concept qui nous met dans une position particulière et surtout unique. Cela nous remet en question sans cesse sur notre position par rapport au fameux « moment ». Un thème central dans Boyhood.

C’était avec un peu d’appréhension que j’attendais ce film. Cette appréhension s’intensifiait de plus en plus au début du récit. Mason n’a que 7 ans au départ du film. Tout comme n’importe quel enfant, il est terriblement dépendant des évènements qu’apportent ou vivent ses parents. Principalement sa mère monoparentale, jouée par Patricia Arquette (un peu effacé, mais touchante). Une femme séparée d’un ex-conjoint immature, joué par un Ethan Hawk très sincère, qui hélas, succèdera plusieurs choix de vie difficile qui se répercute sur ses enfants : Mason et Samatha (joué par Lorelei Linklater, la fille du réalisateur).

C’est donc lentement que démarre le récit. Tout comme les enfants, nous sommes un peu forcés d’attendre qu’il se passe quelque chose dans la vie des parents pour vivre aux travers des yeux de Mason. Nous finissons inévitablement par avoir cette petite crainte : Et si Linklater s’était simplement assis sur le fait que son projet, ambitieux, était tout ce qu’il fallait pour justifier son film? Tourner sur 12 ans, n’est-ce pas déjà là l’exploit qui justifie qu’on aille voir son film? Puis arrivera un élément déclencheur qui précipitera tout le reste. C’est là que le récit prendra son envol et vous fera oublier que le film dure 2h46 minutes!

C’est à ce moment que Mason se voit obligé de vieillir un peu plus et se diriger vers l’âge adulte. Déjà, on voit l’enfant vieillir sous nos yeux de façon terriblement naturelle. Le jeu du jeune Ellar Coltrane est naturel, assez juste et dirigé avec une constance incroyable de la part de Linklater. Diriger un enfant, acteur non professionnel de surcroit, sur une période aussi longue avec –probablement- les pertes d’intérêt et autres tout en gardant une constance et une cohérence dans le jeu. Voilà un des grands coups du cinéaste en nous offrant un film qui ne souffre à aucun moment de problème de rythme qu’aurait pu nous donner ce genre de proposition.

Le rythme du long métrage et la constance dans le récit sont également appuyés par l’image. Le cinéaste ayant choisi le format pellicule, 35mm en format 1:85, la constance visuelle est respectée d’un âge à l’autre et chaque passage du temps demeure imperceptible. À aucun moment du film, nous ne pouvons sentir un changement visuel dû à une technologie visuelle ou une caméra désuète. Le choix du format pellicule lui permet d’être pratiquement intemporel. Le montage est également d’un rythme et d’une fluidité efficace.  Les transitions de scène et surtout, d’époque, sont fluide et la seule façon pour le spectateur de suivre la chronologie est part les changements physiques des personnages (surtout Mason) et les référents culturels présents dans le film. Tantôt par une émission de télé, tantôt par la sortie d’un tome d’Harry Potter ou alors, par une discussion sur Star Wars qui en a fait rire plusieurs.

L’approche de Linklater sur ses personnages est très à fleur de peau. Nous quittons jamais vraiment Mason, nous somme collé à sa réalité et aux moindres questionnements de sa vie et son passage vers l’âge adulte. Le film prend parfois une approche quasi documentaire en prenant ce personnage de fiction qu’est Mason, et en fait pratiquement une étude. La mise en scène naturaliste et le récit dépouillé ajoutent beaucoup de réalisme au film, sans artifice. Parfois, Linklater plonge ses personnages au milieu d’événement réel (une partie de baseball par exemple) et transforme la scène en moment documentaire. La foule étant bien réel et eux, personnage de fiction et le tout filmé comme le serait une famille normale et réelle au milieu de cette foule.

Boyhood, c’est surtout une histoire sur les choix de la vie et le « moment ». Le moment présent qui devient si rapidement le passé. Ce qu’on doit saisir ou laisser aller. Ce que nos choix influencent sur notre vie. Ces réflexions intéressantes prennent le premier plan dans le récit et relais rapidement au second plan le « concept » du film tourné sur 12 ans. C’est admirable, car au fond, le concept sert de base thématique pour questionner le spectateur avec son rapport à la temporalité et le moment. Nous suivons les choix de vie de Mason, mais également, ceux de son entourage : sa sœur, sa mère, son père, ses amis, etc. Chacun faisant les choix de leur propre vie, comme différente petite ligne narrative qui s’entrecroise sans cesse. Les destins des personnages qui deviennent les lignes narratrice du récit et qui influence, ou non, les choix de Mason. Et le spectateur devient en quelque sorte omnipotent face a tous ces choix et ses décisions, sans pouvoir intervenir et voyant leur influence sur une période de temps considérable, sur des personnages / acteur qui se métamorphose et vieillissent sous nos yeux. Les conséquences semblent alors bien plus concrètes pour le spectateur.

C’est un étrange rapport au présent qu’entretient le spectateur de Boyhood. Car leur présent est un passé concret et nous, devenons devins d’un certain futur. Nous avons certaines réponses à leur questionnement ou alors, verrons la conséquence dans dix minutes. Toutes ces thématiques et remises en question rendent le film, selon moi, bien plus pertinent que le simple fait d’avoir été tourné sur 12 ans. L’un alimente l’autre et ainsi, rend cet objet cinématographique pertinent sur ce qu’il nous offre.





Conclusion 

Bien que j’appréhendais un film un peu vide et plutôt formel, Boyhood se révèle beaucoup plus profond et pertinent. Bien au-delà de l’exercice formel, Richard Linklater nous propose une œuvre touchante, subtile et tout à fait maitrisée. Un beau questionnement sur nos choix de vie et les conséquences ainsi que le rapport avec le moment présent. Un scénario subtil et une réalisation constante avec des acteurs tout aussi sincère qu’ancrée dans la réalité. Bien que le récit prenne un peu de temps à démarrer, j’aurai aimé vous dire que le film était trop long, mais non, je n’ai pas vu le temps passé. J’aurais peut-être aimé un peu de rédemption pour certains personnages secondaires ou du moins, comprendre un peu plus leur état d’esprit. Particulièrement pour Patricia Arquette en mère dépassée, multipliant les mauvais choix de vie, mais aimant assurément ses enfants. 

Définitivement, Boyhood restera gravé dans les mémoires non pas comme le film qui a été tourné pendant 12 ans, mais bien pour l’ensemble de son œuvre. Un film brillant qui se glisse assurément dans mon top Fantasia, mais aussi, mon top de l’année sans problème!


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Item Reviewed: Critique Fantasia : Boyhood – Une critique sur 12 ans! Rating: 5 Reviewed By: Yanick Lampron